Relâches les lundis.

D’après Bérénice  de Jean Racine et Angst de Hélène Cixous

Mise en scène : Daniel Mesguich et Sterenn Guirriec

Avec : Sterenn Guirriec

Une production Miroir et Métaphore.

Avec le soutien du Ministère de la Culture.

 

En 1977, Hélène Cixous – que nous sommes de plus en plus nombreux à tenir pour l’un des plus grands écrivains de notre époque – publiait Angst, aux Editions des Femmes. Quant à moi, ce texte m’ébranla comme peu de livres jusque-là ne l’avaient fait.

Hélène (depuis cette époque je l’appelle Hélène) et moi avions eu, déjà, le projet d’entrelacer Angst, qui va à la vitesse de la lumière dans les ténèbres de l’inconscient, à Bérénice de Jean Racine, le plus solaire de nos écrivains arpenteurs de nuit.

Ce projet n’aboutit pas, à l’époque, à un spectacle.

Voici que plus de trente ans plus tard, il revient.

Des phrases, des éclats, des particules élémentaires de Angst ont été, presque au hasard, précipités – jusqu’à lui devenir peut être je ne sais quel révélateur – sur la scène la plus célèbre de l’un des plus beaux textes d’amour de la littérature française.

Mais pourquoi revient-il, et pourquoi aujourd’hui ?…

Je n’ai ni le temps, ni la place, ici, de tenter de l’expliquer. De m’expliquer. Qu’il me suffise de dire qu’aujourd’hui notre monde entre dans une phase où il me semble appeler cette lumière noire, qu’il me suffise surtout de dire qu’aujourd’hui je connais Sterenn Guirriec, et qu’une telle actrice m’appelle à lui faire porter ce projet.

C’est comme si c’était une actrice qui jouait Bérénice :

              « Qu’avez-vous fait, hélas, je me suis crue aimée…

Je n’écoute plus rien et pour jamais adieu…

Pour jamais ? Ah seigneur, songez-vous, en vous-même,

Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?…

Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,

Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?

Que le jour recommence et que le jour finisse,

Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice…

Sans que de tout le jour, je puisse voir Titus ? »…

Mais voici que soudain lui arrive (où ? dans une chambre, un aéroport, une gare… ?) Angst :

« Qu’as-tu à dire pour t’accuser ?…

Qui peut savoir qui je meure ? …

Que faisais-tu quand tu vivais ? …

Inutile de nier, on t’a reconnue à tes rêves … »

Car toute actrice, toujours, est soulevée, sur la scène, par un autre texte que celui qu’elle dit … n’est-ce pas ?

Daniel Mesguich