LES HAUTS DE HURLEVENT

 

 

Une pièce d’Esteban Perroy

D’après l’œuvre éponyme d’Emily Brontë.  

Une mise en scène de William Mesguich.

Avec : Gwendolyn Gourvenec, Flavie Leboucher, Viviane Marcenaro, William Mesguich, Esteban Perroy et Guillaume Sentou.

Durée : 1h20

Musique : Maxime Richelme – Costumes : Alice Touvet – Création lumières : William Mesguich – Régie : Thibault Vincent

Production : Les Brumes Noires et Les Idées Fixes.

En tournée saison 22-23.

 

Automne 1801 – Yorkshire de l’Ouest

Hurlevent, vieille et robuste bâtisse sans âge, la maison de famille Earnshaw trône depuis des siècles sur les landes désolées, perchée par magie noire au sommet du mont Gimmerton.

Les nuits de pleine lune, quand le ciel saphir surplombe le domaine, le vent s’engouffre sous les planches humides et hurle sa complainte. Les vieux du coin prétendent que c’est le cri du diable en personne, qu’il réveille les loups affamés de la forêt de Haworth à six lieues à la ronde.

Pourtant, il y eut à l’époque sur ces terres fantomatiques une union improbable. D’aucuns disaient un véritable amour. Tout commença – ou finit – par le retour conquérant du ténébreux fils bâtard : Heathcliff…

 Inspiré du chef-d’œuvre et unique roman d’Emily Brontë, cette création théâtrale propose une adaptation libre romanesque et vénéneuse du cœur des Hauts de Hurlevent, ouvrage fondateur de la littérature anglaise du 19ème siècle. Fidèles à la noirceur de l’univers et des personnages originels, Esteban Perroy et William Mesguich distordent l’histoire pour y insuffler un hâle burtonien et un rythme captivant au service d’un final vertigineux.

Note de l’auteur  :

Pardonnez-moi Emily, j’ai pêché. J’ai aimé Wuthering Heights plus que de raison. Votre roman m’a bouleversé, transcendé. Un scintillement noir né il y a trente ans sur les chaises vermoulues d’un collège. Ce fut un cataclysme. La naissance d’une inspiration hantée par les fantasmes et les cauchemars. L’envie irrépressible d’embrasser cet envoûtement, de valser avec vous dans la lande fantomatique et de communier avec les esprits. J’ai compris pourquoi votre roman s’imposait comme un fondement de la littérature anglaise.

Trois décennies plus tard j’ai osé me confronter à votre œuvre, me gardant de relire votre texte pour conserver à l’esprit ce en quoi le temps, ma sensibilité, ma vie consacrée au théâtre et la distorsion de ma mémoire l’avaient transformé. J’ai utilisé vos personnages, leurs noms, leurs rêves et leurs démons, mais aussi l’image obsédante de ce manoir trônant au cœur de votre Yorkshire implacable balayé par les vents. J’ai dénaturé de larges pans de votre histoire, mais j’espère sans jamais trahir votre univers. J’ai préféré les dits aux non-dits, le romanesque au romantisme, les révélations aux passions secrètes. J’ai célébré la beauté des ténèbres, l’inhumanité et le venin, j’ai précipité les Earnshaw et les Linton dans un enfer sans retour et sacrifié leur descendance.

Même si votre livre était déjà en avance sur son temps, j’ai cédé à la tentation dramaturgique du XXIème siècle. Je l’ai travesti d’un rythme, d’un suspense brutal et d’une théâtralité cinématographique propres à notre époque, un humour noir et désespéré, une pilule d’ecstasy en guise de concentré de Comédie Humaine.

Pardonnez-moi Emily, je n’ai aucune excuse, je voulais juste confesser que cette audace s’inscrivait à la hauteur de mon admiration pour vous.

Esteban Perroy.

Le mot du metteur en scène :

Les Hauts de Hurlevent, monument de la littérature mondiale, fantasme poétique pour des générations de lecteurs a à voir avec la légende. Ce roman du XIXème siècle présente un univers mythique où le rapport à la filiation, à l’héritage d’un lieu de vie dont à la fois on ne veut pas et dont on ne peut pas se séparer, gangrène les consciences jusqu’à rendre assoiffés de vengeance les protagonistes. De haine aussi.

Tels des personnages de la tragédie grecque ou élisabéthaine, les héros de l’œuvre d’Emily Brontë, réinventés, réorchestrés formidablement par Esteban Perroy dans une version théâtrale fulgurante, se concentrent sur la résolution de cette fable et sa fin tragique. Ils sont maudits, englués dans leur fantasme, abimés dans leur certitudes, dévastés par un fatum qui les accable jusqu’à la lie. Tels des spectres impuissants à résoudre leur dilemme et la violence qui émane de leur esprit atrophié par un aveuglement destructeur, ils sont ballotés par leur désir de pouvoir et de jouissance comme des pantins de mort. La soif des corps entraîne un plaisir vicié. Jouissance cassée par le malheur qui s’abat sur des âmes damnées. La mort rôde comme un linceul prêt à recouvrir l’histoire de cette famille asphyxiée par les non-dits, prisonnière du mensonge, ne survivant plus que dans la seule volonté de destruction de l’autre.

Comment rebâtir sur les ruines de la tendresse ? Comment réconcilier les cœurs alors que l’âme s’abîme dans les méandres du macabre ?

Comment se libérer de la nasse d’infortune ? Comment casser la spirale fielleuse ? Où s’arrêtent la cruauté et la rancœur ? Où commence le pardon ?

Heathcliff et Hindley semblent des frères de tragédie d’Etéocle et Polynice, des jumeaux d’infortune, à jamais irréconciliables, voués à s’abandonner à la solitude et à leur anéantissement. 

Les Hauts de Hurlevent, tourbillon cruel et impossible à freiner sinon par la mort, est une œuvre qui éblouit par sa capacité à plonger dans les errements de l’humain et à en révéler la part la plus fantomatique, la plus obscure.

William Mesguich.